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Les principales communautés artistiques aborigènes : histoire, style, artistes.
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Carte des communautés aborigènes en Australie

La région des peintures rupestres

La partie septentrionale de l'état du Queensland (nord-est de l'Australie) est occupée par le Cap York et, à son extrémité par les îles du détroit de Torres, voisines de la Nouvelle-Guinée avec laquelle les Aborigènes de cette région étaient en contact bien avant que les explorateurs européens n'y arrivent.

Si les îles du Détroit de Torres sont très tournées vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Cap York proprement dit entretient des liens plus étroits avec la culture de l'Australie continentale et les communautés qui y vivent partagent les mêmes croyances que celles de la Terre d'Arnhem, par exemple.

Ce sont les gravures et les peintures rupestres datant de plus de 15.000 ans qui ont rendu célèbre cette région (environs de Laura, au c¦ur du Queensland) et cela dès le voyage de reconnaissance de l'Anglais Matthew Flinders, en 1803. Depuis cette date, et tout au long du XIXe siècle, de nombreuses missions d'explorations permirent de découvrir des figures toujours plus nombreuses et plus fascinantes de Grands Ancêtres dessinées à l'ocre et dont les artistes actuels (tels Zane Saunders ou Dennis Nona) s'inspirent pour réaliser leurs oeuvres.

Un art très divers

Néanmoins, ce qui caractérise l'art du Cap York est avant tout son extrême diversité tant dans les oeuvres réalisées (objets en fibres tressées et peintes, poteries, didjeridoos, armes rituelles gravées – à Hopevale -, sculptures – en particulier à Aurukun, depuis les années 1950 -, peintures – sur écorce et sur toile) que dans les styles pratiqués : tantôt figuratifs comme chez les sculpteurs d'Aurukun qui représentent souvent leurs animaux totémiques (la chauve-souris, les cailles) ou chez les peintres de paysages (Joe Rootsey) ; tantôt abstraits et inspirés de motifs rituels et claniques remontant à des millénaires quand ceux-ci avaient été élaborés par les Aborigènes pour se transmettre les secrets initiatiques du Temps du Rêve.

Sous l'influence du Queensland Aboriginal Creations Shop initialement fondé (en 1959) pour inciter les Aborigènes à réaliser des travaux d'artisanat, de véritables communautés d'artistes ont pu se développer et des créateurs aussi prestigieux que Gordon Benett, Judy Watson ou Avril Quaill en sont originaires.

Enfin, la fondation du Boomalli Aboriginal Artists Co-operative à Sydney en 1987, les expositions du bicentenaire de Brisbane en 1988 et "Balance 1990" ont permis de consacrer définitivement un art extrêmement vivant et autant attaché au passé aborigène qu'ouvert aux techniques occidentales – beaucoup des nouveaux artistes du Cap York ayant étudié dans des écoles d'art.

Les artistes du Cap York

A la suite des "fondateurs" de l'art du Cap York - les sculpteurs Charlie Flannigan (fin du XIXe siècle) et Kalboori Youngi dans les années 1930, première femme artiste connue de la région et les peintres Joe Alamanhthin Rootsey (1918-1963) et Dick Roughsey (1920-1985) – de nombreux artistes du Cap York ont accédé à la célébrité : G. Bennet, Judy Watson, et Avril Quaill mentionnés plus haut mais aussi Gloria Fletcher Thancoupie (née en 1937), céramiste de grande valeur. Enfin, la constitution du Campfire Group en 1990 a encore contribué à accroître le dynamisme créateur des communautés, soucieuses de transmettre le souvenir de leurs traditions millénaires.

LE QUEENSLAND SEPTENTRIONAL
Le Détroit de Torres

La partie septentrionale de l'état du Queensland (Nord Est de l'Australie) est occupée par le Cap York et c'est à son extrémité que se trouvent les îles du détroit de Torres, voisines de la Nouvelle-Guinée avec laquelle les Aborigènes de cette région étaient en contact bien avant que les explorateurs européens n'y arrivent. Cela explique que, si la majorité des clans du Cap York ont toujours entretenu des liens forts avec la terre australienne et ses traditions, les habitants des îles sont plutôt tournés vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée et ont développé une culture originale désignée sous le nom générique d'Ailan Kastom. : un ensemble de rites comprenant surtout des danses en l'honneur les Grands Ancêtres apparus au Temps du Rêve - quand, émergeant du magma originel, ces Grands Ancêtres, tels Kuiam dans les îles occidentales, les quatre frères Malu, Sigai, Siu et Kolka dans les îles du centre et Malu-Bomai dans les îles orientales, façonnèrent le territoire à leur image, créant les divers clans et tribus et leur enseignant lois et coutumes. Au moment de disparaître, ils leur léguèrent le souvenir de leurs exploits sous la forme de rêves qu'il devait célébrer.
Ce sont ces cérémonies qui fournissent encore une part importante de l'inspiration actuelle des artistes du Cap York – comme par exemple Alick Tipoti qui évoque les danses rituelles dans ses gravures sur linoneum. A l'occasion de ces rituels, les Aborigènes réalisaient des boucliers de cérémonies décorés de dessins évoquant divers rituels ; des massues et traits ornés de gravures (qui furent collectés dès les années 1870 dans une perspective ethnologique) ; enfin, des masques. Ce travail du bois – abondant dans cette région tropicale riche en forêts – s'est poursuivi de génération en génération et les masques du Détroit de Torres qui fascinèrent les premiers surréalistes européens dans les années 1920 ont aujourd'hui une grande réputation : en 1984, une école d'art spécialisée dans l'enseignement de la réalisation de ces masques a d'ailleurs officialisé l'importance artistique et économique de cette activité.
Mais le travail du bois n'y fut pas seul enseigné : ainsi parmi les enseignants de cette école, y avait-il une célèbre céramiste aborigène Thancoupie dont l'exemple montre bien la diversité des activités artistiques de la région.
En fait, on peut distinguer trois catégories d'artistes : ceux qui s'inscrivent dans la tradition communautaire du Temps du Rêve comme James Eseli et Ken THAIDAY qui s'inspirent avant tout des danses rituelles pratiquées par leurs clans ; ceux qui, tout en s'inspirant de cette tradition, vivent dans les villes et ont souvent suivi des études d'art, par exemple au Département des Arts Visuels du détroit de Torres à Cairns : ils travaillent non seulement le bois en inventant de nouvelles formes, mais ils s'intéressent aussi à diverses techniques d'impression (sur papier ou sur textiles, par exemple, comme Barkus sur Thursday Island). Enfin, des artistes qu'on peut qualifier d'"urbains" (comme Ellen José, Destiny Deacon ou Clinton Nain) s'investissent dans des médias modernes : installations, photographie, vidéo.
Bien que ne regroupant qu'une population relativement restreinte, les îles du détroit de Torrès donnent ainsi l'exemple d'une communauté artistique à la fois très originale et extrêmement vivante réalisant une parfaite synthèse du respect de traditions millénaires et d'une grande ouverture sur le monde actuel.

LES ARTISTES DES ILES DU DETROIT DE TORRES

Aux noms mentionnés plus haut, il conviendrait d'ajouter ceux de jeunes artistes comme Dennis NONA et Alick TIPOTI dont les œuvres très dynamiques sont tout à fait caractéristiques de la nouvelle génération.

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