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Les principales communautés artistiques aborigènes : histoire, style, artistes.
(cliquez sur la région ou la communauté qui vous intéresse)
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L'ART DU DÉSERT
CENTRAL ET OCCIDENTAL
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C'est dans le désert central
et occidental qu'est née la peinture aborigène
contemporaine : au voisinage des anciennes missions religieuses
implantées là depuis les années 1930
et surtout au sein des "réserves" où
les autorités australiennes avaient installé
les tribus nomades qu'elles désiraient assimiler en
les sédentarisant – Haastbluff (1941), Yuendumu
et Lajamanu (1955), Papunya (1960).
Parfois très éloignés de leurs terres
ancestrales, les Aborigènes en avaient conservé
la nostalgie et ils continuaient d'en célébrer
les merveilles lors de leurs cérémonies en l'honneur
du Temps du Rêve : quand de Grands Ancêtres, sortis
du magma originel, créèrent le continent à
leur image ; sillonnèrent le désert pour y instaurer
lois et coutumes ; et, au moment de disparaître, laissèrent
aux hommes le souvenir de leurs exploits sous la forme de
rêves à célébrer par des danses,
des chants, des sculptures, des gravures (sur bois et pierre)
et des peintures (corporelles, sur sol ou rupestre). Ainsi
naquit un art religieux voué à la célébration
de sites et des voyages.
La symbolique des œuvres réalisées était
assez semblable d'une tribu à l'autre : des cercles
concentriques ou non représentaient des points d'eau
et les cérémonies sacrées qui s'y déroulaient
pour en rappeler la création; les formes en "U"
qui les entouraient évoquaient les initiés et
les Grands Ancêtres à l'origine du site. Quand
ces formes étaient accompagnées d'un "I"
et ou d'un ovale, il s'agissait de femmes avec leur bâton
à fouir et leur panier. Des lignes droites ou ondulées
représentaient les éléments du paysage
(dunes de sable, colline, canyons ou rivières) ou les
chemins –réels et initiatiques – reliant
les divers sites sacrés. Ainsi se dessinait une véritable
cartographie des territoires aborigènes à valeur
avant tout rituelle : au-delà d'une simple célébration,
il s'agissait aussi d'assurer la perpétuation du Temps
du Rêve en en représentant les composantes les
plus secrètes.
A partir des années 1970, les Aborigènes se
mirent à reproduire sur carton, contreplaqué
puis toile les motifs qu'ils dessinaient pour leurs cérémonies
religieuses : c'est à Papunya que l'aventure devait
commencer à l'instigation d'un instituteur blanc, Geoffrey
Bardon (2003). Une coopérative fut créée.
Les œuvres réalisées rencontrèrent
un grand succès, en partie du fait de leur caractère
très abstrait les rapprochant de la peinture moderne
occidentale. L'exemple de cette expérience se répandit
alors dans les autres communautés où de véritables
talents se révélèrent à la fois
fidèles à la tradition picturale du désert
et d'une grande originalité. Ainsi les artistes aborigènes
purent-ils diffuser leur production dans des conditions optimales
: à la fois d'un point de vue strictement économique
mais aussi dans la perspective d'une revendication politique.
Leur peinture allait beaucoup faire pour la reconnaissance
culturelle des communautés du désert et lors
des procès en restitution de terres qui eurent lieu
à partir des années 1980, certaines toiles furent
considérées comme autant de preuve de propriété
des sites traditionnels représentés : ceux-ci
furent alors rendus aux communautés qui en étaient
originaires.
Les aspects les plus significatifs de la peinture aborigène
du désert doivent beaucoup à la peinture sur
sol dont elle est en grande partie issue. Ainsi, la technique
pointilliste si caractéristique de cet art provient
de l'habitude d'utiliser des bâtonnets enduits de pigments
naturels et de couvrir les zones à peindre d'une multitude
de points. A l'origine, ces points servaient surtout à
souligner les contours des objets représentés.
En changeant de support, les Aborigènes généralisèrent
l'usage des pointillés et les étendirent à
toute la surface de la toile créant ainsi un véritable
style pictural. D'autre part, conformément à
la tradition de la peinture sur sol, les œuvres continuèrent
d'être réalisées à plat : cela
explique la prédominance des vues "satellitaires"
dans l'art du désert, les sites évoqués
apparaissant comme vus du ciel, une toile pouvant représenter
des espaces très vastes en même temps qu'un lieu
précis – macrocosme et microcosme se confondant
en effet dans l'univers mystique du Temps du Rêve, comme
s'y confondent monde des origines et présent de la
création. |
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Peggy Rockman NAPALJARRI
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L'ART DU DÉSERT CENTRAL ET OCCIDENTAL
LAJAMANU
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Cette communauté
établie en 1946 à 400 km au nord de Yuendumu
se trouve au cœur des Territoires du Nord : elle fut
tout d'abord constituée d'un petit groupe d'Aborigènes
Warlpiri (25) qu'on avait déplacés de Yuendumu.
En 1951, ils furent rejoints par 150 autres. Mais ces déplacements
leur ayant été imposés, ils revinrent
à Yuendumu et c'est seulement dans les années
1970 que des Warlipri acceptèrent de se fixer dans
cette région. Aujourd'hui leur nombre s'élève
à près de 800 dont beaucoup se sont révéler
des artistes de premier ordre.
Du fait de l'installation relativement tardive des Aborigènes
à Lajamanu et des conditions de cette installation,
l'apparition de la peinture fut évidemment plus tardive
qu'à Papunya (1971) voire qu'à Yuendumu (1984).
En outre soucieux de défendre contre toute intrusion
une culture qu'ils voyaient menacée, les Aborigènes
de Lajamanu résistèrent longtemps à
l'idée de révéler leurs secrets rituels
et les motifs qu'ils dessinaient lors de leurs cérémonies
en l'honneur du Temps du Rêve. Ils furent même
très critiques à l'égard des expériences
menées à Papunya et dans les autres communautés
plus ouvertes. Néanmoins, c'est ce qu'ils acceptèrent
finalement de faire à partir de 1985. Il est vrai
que dès 1983, plusieurs artistes étaient déjà
venu en France réaliser une peinture sur sol pour
le Musée d'Art moderne de la ville de Paris. C'est
au cours de cette exposition "D'un continent à
l'autre : l'Australie, le rêve, le réel"
que les artistes de Lajamanu découvrirent pour la
première fois les œuvres des peintres de Papunya
et on peut penser que c'est de cette confrontation que naquit
l'idée de produire aussi les œuvres destinées
à un public de non-initiés. Néanmoins,
ce n'est qu'en 1991 qu'une coopérative fut fondée
sous le nom de "Warnayaka Art Centre".
L'art de Lajamanu peut être vu comme une synthèse
entre celui de Papunya et celui de Yendumu : en effet, comme
à Papunya, les artistes de cette communauté
se sont volontairement donné une palette de couleurs
assez restreintes où dominent le rouge, le noir,
le blanc et le brun. D'autre part, comme à Yuendumu,
les femmes jouent à Lajamanu un rôle très
important. Après avoir tout d'abord pratiqué
la gouache sur carton, elles se mirent aussi à peindre
sur toile avec des peintures acryliques. Comme à
Yuendumu, les artistes exploitent également les possibilités
du pointillisme qu'ils utilisent d'une manière d'ailleurs
assez originale pour constituer l'arrière-plan de
leurs toiles. C'est sur ce fond que se détachent
des formes symboliques abstraites – principalement
des cercles concentriques et des lignes ondulées
– évoquant les terres Warlpiri ancestrales.
Les réseaux de pointillés sont aussi superposés
pour créer des effets d'épaisseur et de profondeur
qui constituent le signe particulier le plus remarquable
des œuvres de Lajamanu principalement consacrées
à célébrer les éléments
naturels : la terre, l'eau, le tonnerre.
LES ARTISTES DE LAJAMANU
On dit que le premier
lot de peinture acrylique dont les artistes de Lajamanu
disposèrent était de la peinture pour bâtiment
blanche et que c'est une des raisons pour lesquelles cette
couleur domine dans les œuvres de la première
période de cette école : celles des peintres
Abie Jangala et Peter Blacksmith Japanagka, artistes les
plus célèbres de cette communauté en
même temps qu'importants responsables religieux.
A ces noms, ils convient néanmoins d'ajouter ceux
de Billy Hogan
et de Lorna Fencer Napurrurla
qui ont aussi contribué au rayonnement international
de Lajamanu en proposant une vision extrêmement originale
du monde selon les Warlpiri. |
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Josephine NAPURRULA |
L'ART DU DÉSERT CENTRAL ET OCCIDENTAL
PAPUNYA
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C'est
à Papunya, en plein désert à 250 km
d'Alice Springs que, comme on vient de le voir, l'art aborigène
contemporain est né : En 1971 quand Goeffrey Bardon
demanda à de jeunes aborigènes de décorer
les murs de leur école avec des épisodes du
Rêve de la Fourmi à miel. Cette expérience
retint l'attention des initiés responsables de ce
rêve et eux-mêmes se mirent à peindre
certains de ses éléments : d'abord sur le
support de contreplaqué puis sur toile et à
l'aide de peintures acryliques celles-ci remplaçant
progressivement les pigments naturels de conservation plus
difficile.
L'intérêt suscité par leurs œuvres
conduisit les premiers artistes aborigènes à
se constituer en coopérative : la "Papunya Tula
Artits Pty Ltd", et cela malgré les réticences
des autorités officielles. Ainsi purent-ils diffuser
leur production dans des conditions optimales : à
la fois d'un point de vue strictement économique
mais aussi dans la perspective d'une revendication politique.
La peinture aborigène allait beaucoup faire pour
la reconnaissance culturelle des communautés du désert
et lors des procès en restitution de terre, certaines
toiles furent considérées comme autant de
preuve de propriété des sites traditionnels
représentés
Au début, tous les artistes s'exprimaient dans le
même code graphique minimaliste : les formes étaient
relativement peu nombreuses (cercles, lignes) et s'inscrivaient
sur des fonds ocre, noirs ou jaunes rappelant les peintures
rupestres ou sur sol. Ensuite, leur palette s'élargit
et intégra des couleurs beaucoup plus diverses et
originales : rose, vert, orange…avant de s'assagir
à nouveau.
Au début des années 1980, le gouvernement
australien commença à rendre aux Aborigènes
leurs terres ancestrales et ceux-ci quittèrent Papunya
essaimant en diverses communautés : les Pintupi rejoignirent
ainsi Kintore à la frontière de l'Australie
occidentale et y fondèrent une nouvelle école.
Ce redéploiement des tribus a définitivement
permis à l'art aborigène de révéler
toute sa diversité, chacune révélant
des mythes qui lui étaient propres et selon une sensibilité
esthétique propre : les artistes de Kintore privilégient
un style géométrique très austère
à la limite de l'abstraction. Ceux des clans Anmatyerre
et Arrernte proposent des évocations beaucoup plus
complexe aux motifs fourmillants qui sont autant de traces
du passage des Grands Ancêtres sur les sites célébrés
LES ARTISTES DE
PAPUNYA
La communauté de Papunya a toujours constitué
un pôle important de la vie artistique aborigène
et australienne : dès 1972, le Caltex Art Award était
attribué à l'un de ses membres; la plupart
des grands musées nationaux puis internationaux se
sont rapidement rendus acquéreurs d'œuvres d'artistes
de Papunya ou ont organisé des expositions centrées
sur leurs productions (par exemple, aux USA, à New-York,
Los Angeles et Chicago en 1988-9 ou à Moscou en 1991).
En 1988, c'est à Michael Nelson Tjakamarra qu'a été
demandée la décoration de l'esplanade du nouveau
parlement de Canberra – signe d'une reconnaissance
désormais bien établie.
Depuis les années 1980, le nombre d'artistes de Papunya
n'a pas cessé de croître et des femmes se sont
également mises à peindre – en particulier
dans le cadre de la communauté de Kintore.
Parmi les plus grands noms, citons évidemment Kaapa
Mbitjana Tjampitjinpa (1920-1989)
qui fut le premier président de la coopérative
de Papunya Tula, ou Ronnie
Tjampitjinpa dont les œuvres
sont présentes dans les collections de l'ancien Musée
National des Arts d'Afrique et d'Océanie (à
Paris – futur Musée du Quai Branly), et bien
sûr Clifford Possum
Tjapaljarri (1932-2003) : ses œuvres où rayonne souvent un buisson de spinifex
ou que traversent des spectres sont parmi les plus originales
de cette école. |
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L'ART DU DÉSERT CENTRAL ET OCCIDENTAL :
YUENDUMU
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La communauté
aborigène de Yuendumu a été fondée
en 1946 et en 1980 elle regroupait un petit millier de Warlipiri.
Elle se situe à 100 km au nord de Papunya, lieu de
naissance de la peinture aborigène contemporaine
dans les années 1970. Si dès cette époque,
des artistes pratiquaient la peinture acrylique sur toile
et l'aquarelle, ils répugnaient en général
à faire connaître les secrets du Temps du Rêve
que leurs œuvres rappelaient. C'est seulement à
partir de 1980 qu'ils acceptèrent de révéler
leur vision des mythes originels.
D'autre part, le temps des revendications culturelles, territoriales
et politiques était venu pour les Aborigènes
qui se rendaient de plus en plus clairement compte de l'impact
que pouvait avoir la diffusion de leurs œuvres. Yuendumu
se rendit d'abord célèbre par ses 36 portes
peintes réalisées dans l'école de la
réserve : elles contribuèrent pour beaucoup
à populariser le style très inventif des oeuvres
cette communauté, caractérisées par
un imaginaire végétal exubérant propre
à évoquer la fertilité des terres ancestrales.
La première exposition officielle des peintures de
Yuendumu eut lieu en 1985 à Sydney et d'emblée
le public fut sensible à leur caractère plus
libre et moins stylisé : elles rencontrèrent
ainsi un vif succès qui poussa leurs auteurs à
s'organiser en coopérative sur le modèle de
la "Papunya Tula Pty Ltd". Celle-ci prit le nom
de "Warlukurlangu Artists Aboriginal Association",
le mot "warlukurlangu" signifiant le Rêve
du Pays du Feu – un des plus importants rêves
dont cette communauté était la gardienne et
que les premiers artistes avaient choisi d'évoquer.
Le Rêve racontait comment le Grand Ancêtre lézard
avait allumé un feu pour punir ses deux fils d'avoir
refusé de partager un kangourou qu'ils avaient tué
à la chasse. L'incendie fut suivi de pluies qui rendirent
les terres fertiles et y favorisèrent la poussée
de plantes nourricières. L'autre grande caractéristique
de l'école de Yuendumu est le rôle important
que les femmes y jouèrent très tôt sous
l'influence de deux anthropologues : Nancy Munn qui visita
la région dès 1956 et Françoise Dussart
qui s'y intéressa dans les années 1980. A
l'origine ces femmes décoraient de dessins rituels
et vendaient divers objets de la vie quotidienne : bâtons
à fouir, plateaux, coupes. Pour augmenter leurs ressources,
elles décidèrent en 1984 de peindre de petits
formats reprenant des motifs féminins liés
à la célébration de la fertilité
de la terre (ou yawulyu). Depuis elles occupent une place
importante parmi les artistes : plus de la moitié
d'entre eux sont des femmes. Enfin, à la différence
de Papunya où les peintres ont une palette relativement
sobre, l'école de Yuendumu exploite une gamme de
couleurs beaucoup plus large aux teintes éclatantes
qui accentuent l'extrême densité des œuvres
saturées de figures symboliques et de réseaux
de pointillés très serrés évoquant
les mosaïques antiques.
LES ARTISTES DE YUENDUMU
Bien que plus récente
que l'école de Papunya, celle de Yuendumu fut vite
célèbre non seulement en Australie mais aussi
en Europe : en 1988, ce sont des artistes Warlipiri qui
ont décoré les murs du Musée d'Australie
Méridionale et en 1989, six d'entre eux vinrent en
France peindre un ensemble de 10m sur 4m à l'occasion
de l'exposition "Les Magiciens de la Terre" au
Centre Pompidou.
En dix ans d'existence, le nombre d'artiste est passé
de la vingtaine à près de 200 et beaucoup
d'entre eux collaborent souvent pour produire des œuvres
communes où chacun apporte ce qu'il sait du rêve
célébré : certaines œuvres évoquant
des rêves particulièrement complexe ont ainsi
demandé la collaboration d'une quinzaine d'initiés.
Les premiers artistes (Paddy Stewart
Japljarri, Paddy Sims Japlajarri
, Roy et Paddy Nelson Juparrula),
auteurs des portes de Yendumu ont eu de nombreux épigones
parmi lesquels on citera Judy Watson
Napangarti et sa sœur
Maggie ou Jack Ross Jakamarra. |
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L'ART DU DÉSERT CENTRAL ET OCCIDENTAL :
UTOPIA
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Utopia se
situe à 250 km au Nord-Est d'Alice Springs et regroupe
une importante communauté d'Aborigènes Anmatyerre
et Alyawarre qui a désormais (depuis 1979) retrouvé
la pleine propriété des terres dont, sans
être, il est vrai, déplacée, elle avait
perdu le contrôle au cours du XIXe siècle.
De manière assez originale, Utopia s'est d'abord
fait connaître pour sa production de batik sur soie
– technique consistant à appliquer de la cire
sur un support textile qu'on va ensuite teindre -, apanage
des femmes qui constituèrent en 1977 une coopérative
pour commercialiser les œuvres réalisées
dans les ateliers qu'elles avaient créés.
A l'origine, cette technique importée d'Indonésie
servait à décorer des tissus vestimentaires
mais peu à peu elle s'autonomisa et donna lieu à
de véritables œuvres d'art dont une première
exposition eut lieu en 1988 réunissant 88 pièces
parmi lesquelles le Rêve de l'Etoile du matin mettant
en scène deux grands ancêtres à l'origine
de la création des étoiles. S'inspirant des
motifs de peintures corporelles dont elles se couvraient
pour célébrer leurs rites de fertilité,
les artistes d'Utopia y mêlèrent bientôt
des dessins inspirés par la riche flore de leur région
natale qu'elles reproduisaient à main levée
(tantôt au pinceau tantôt au crayon de cire).
D'autre part, la sculpture sur bois était également
très pratiquée à la fois par les femmes
qui réalisaient et peignaient coupes, plateaux ou
bâtons à fouir mais aussi par les hommes qui
se spécialisaient dans la confection de boucliers
et de boomerangs cérémoniels gravés
voire de figures animales décorées au fer
rouge. Mais c'est bien sûr portée par le succès
du batik que la communauté d'Utopia commença
à s'intéresser à la peinture qui se
développait dans le reste du désert, en particulier
à Papunya. Elle allait bientôt y exceller,
hommes et femmes transposant tout d'abord sur la toile les
motifs élaborés dans le cadre de la production
de batik : dès 1989, l'exposition "Summer Project"
("Un projet estival") réunissait les œuvres
de plusieurs peintres de style très divers d'abord
groupés au sein de la Central Australia Aboriginal
Media Association puis (à partir de 1991) gérant
chacun pour soi sa propre carrière et organisant
ses expositions particulières.
Cet individualisme relatif se retrouve dans la peinture
même des artistes d'Utopia : une des grandes caractéristiques
de leur style est en effet que son profond éclectisme
iconographique : tantôt, les œuvres s'inscrivent
dans la tradition des peintures sur sol en proposant des
motifs rituels (peintures corporelles, coiffes cérémonielles),
tantôt elles exploitent toutes les ressources du pointillisme
pour évoquer la richesse de la flore d'Utopia, tantôt
enfin elles se font figuratives.
LES
ARTISTES
A l'origine du groupe de
femmes investies dans la production de batik, Emily
Kame Kngwarreye est certainement l'artiste la plus
célèbre de la communauté d'Utopia qu'elle
anima jusqu'à sa mort en 1996 : alternant pointillisme
et taches de couleurs vives ou parcourant sa toile de vigoureux
traits de pinceaux pour évoquer la riche végétation
du désert, elle a produit en huit ans plus de 3000
œuvres toutes du plus grand éclat et de la plus
grande énergie. La qualité de sa production
qu'on a parfois rapprochée de celle de Claude Monet
pour son style impressionniste et lumineux a d'ailleurs
fait que ses œuvres ont représenté l'Australie
à la Biennale de Venise en 1997. Mais d'autres femmes
ont également contribué au rayonnement de
la peinture d'Utopia, comme les sœurs
Ada, Nancy, Kathleen
et Gloria Tamerre Petyarre,
initiées aux mystères de la Femme-Lézard,
gardienne des gisements d'ocre et à ce titre protectrice
de la peinture religieuse qui recourrait traditionnellement
à ce matériau. D'ailleurs leurs œuvres
reproduisent souvent les écailles de cette ancêtre
prestigieuse pour évoquer les sites où on
la célèbre. Et aujourd'hui, Utopia compte
plus de 200 artistes - dont Abie LOY, gage de la richesse et de la diversité
artistique de cette communauté pleine d'avenir. |
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