Au Nord
de l'Australie, la Terre d'Arnhem s'étend entre le
golfe de Carpentrie (à l'est) et la rivière
Alligator (à l'ouest) occupant une zone de 150 000
km-carrés aux paysages très divers allant
des plateaux calcaires de l'Ouest riches en peintures rupestres
aux lagunes d'eau douce de la côte nord, des déserts
pierreux aux forêts tropicales. C'est au sein de ce
territoire contrasté que sept grandes communautés
artistiques se sont constituées, très souvent
autour d'anciennes missions devenues des centres urbains
et administratifs : elles regroupent aujourd'hui plus de
3000 artistes - peintres mais aussi sculpteurs et artisans
de toutes sortes – il existe une intéressante
production de tissage en fibres naturelles : il s'agit –
à l'est - des communautés d'Yirrkala
; d'Elcho Island ; et de Ngukurr
près de la rivière Roper. Dans la région
centrale de la Terre d'Arnhem, ce sont les communautés
de Ramingining, de Milingimbi
et de Maningrida. Enfin,
à l'ouest, Gunbalanya,
située aux abords du Parc National de Kakadu.
C'est en Terre d'Arnhem que l'on peut trouver les traces
les plus anciennes d'une activité artistique liée
à des pratiques religieuses : les peintures rupestres
(dessin de mains, de plantes, d'animaux et de divinités)
qui abondent dans les grottes et sur les parois rocheuses
des plateaux calcaires de l'Ouest remontent en effet à
20 000 ans tandis que les investigations archéologiques
tendent à faire remonter les premières manifestations
d'une occupation humaine à 50 000 ans. Avec de telles
dates, l'art de la Terre d'Arnhem, très inspiré
de ces peintures rupestres, plonge bien ses racines au Temps
du Rêve lui-même : quand de Grands Ancêtres
(le Serpent-Python, les Sœurs Wagilag et les Sœurs
Djang'kawu, les esprits des airs dits Mimi) sortirent du
magma originel pour façonner la terre australienne
à leur image, y fondant sites sacrés et communautés
humaines auxquels ils laissèrent lois, coutumes et
instructions pour les honorer. Au moment de disparaître,
les Grands Ancêtres léguèrent en effet
le souvenir de leurs exploits aux Aborigènes sous
la forme de rêves dont chaque tribu, chaque clan,
chaque initiés devint le gardien. Lors des cérémonies
religieuses, les Aborigènes représentaient
par des danses, des chants mais aussi des peintures –
essentiellement rupestres, en Terre d'Arnhem – les
épisodes fondamentaux des rêves qu'ils avaient
hérités. Cette tradition qui s'est perpétuée
d'âge en âge a d'ailleurs perduré jusqu'au
XXe siècle dans la région de Kakadu et elle
est à l'origine du caractère figuratif de
l'art de la Terre d'Arnhem (en particulier en Terre d'Arnhem
Centrale).
A une époque indéterminée, l'art pariétal
a donné naissance à des peintures réalisées
sur des écorces d'eucalyptus aplaties, poncées,
recouvertes d'un enduit extrait des orchidées ou
des œufs de tortues et décorées à
l'aide de kaolin, de charbon de bois et d'ocres naturelles
: ce sont ces écorces peintes (les plus anciennes
qu'on ait conservées datent des années 1830)
qui ont fait la célébrité artistique
de la Terre d'Arnhem. Il est vrai qu'à ce support
original s'ajoute un (ou des) style(s) également
spécifique(s) : exécutées à
plat, sur les genoux des artistes qui les font tourner au
fur et à mesure que leur travail avance et en orientent
les éléments selon les points cardinaux, ces
œuvres conjuguent à des degrés divers
éléments figuratifs (esprits, animaux totémiques,
flore) et dessins géométriques à valeur
rituelles et claniques – sortes de hachures appelés
rarrk en Terre d'Arnhem occidentale et miny'tji ou dhulang
en Terre d'Arnhem orientale) : en Terre d'Arnhem occidentale,
les images figuratives s'inscrivent le plus souvent sur
un fond uni et les hachures sont limitées à
la surface des corps représentés ; en terre
d'Arnhem orientale, les hachures couvrent le plus souvent
toute l'écorce jusqu'à la disparition de tout
sujet figuratif. D'autre part, les peintures de toute la
région ont popularisé l'étonnant style
dit aux "rayons X" qui laisse voir l'intérieur
des êtres représentés (ossature, viscères,
nourriture absorbées) comme pour révéler
les secrets les plus intimes des mystères ainsi représentés.
Notons enfin que cet art très original a donné
lieu depuis quelques années à des œuvres
sur toiles en particulier à Ngukurr où les
motifs et les techniques traditionnels se combinent à
une palette de couleurs acrylique plus étendues que
celle des pigments traditionnels utilisés pour les
écorces. |