Technique : Acrylique sur toile
Fourchette de prix : 3000 < 6500 euros
Cette oeuvre a été exposée au Musée d’Art Contemporain les Abattoirs de Toulouse dans le cadre de l’exposition “Temps du Rêve / Dreamtime” en 2009.
Né en 1961, Walangari Karntawarra Jakamarra appartient à ce qu'on a appelé la "génération volée" – ces Aborigènes enlevés dès l'enfance à leurs parents pour être mis dans des institutions ou adoptés par des Anglo-saxons dans le cadre de la politique officielle d'assimilation en vogue jusque dans les années 1960. Fils d'une femme Arrernte et d'un membre du clan Pintupi, il a été enlevé à ses parents à l'âge de sept ans et a grandi dans un milieu anglo-saxon.
Les études artistiques qu'il a suivies à l'Université de Deacon lui ont permis de découvrir l'art occidental. C'est ainsi qu'après avoir commencé à peindre dans le style aborigène traditionnel qui était celui de son grand père Albert Namatjira, il a élaboré une manière personnelle : synthèse des motifs hérités de la tradition aborigène et des styles occidentaux – en particulier ceux des arts décoratifs.
En cela, Walangari Karntawarra Jakamarra est tout à fait représentatif de l’art dit « urbain » pratiqué par les enfants de la génération volée : appropriation – quelquefois très critique – de l'art occidental et revendication pleine de fierté d'une culture dont on a voulu les déposséder. Ainsi dans cette toile, la palette au camaïeu de verts rappelant les dessins « Liberty » des arts décoratifs occidentaux se conjugue à des motifs traditionnels.
Ceux-ci sont essentiellement constitués de lignes en pointillés héritées du dot painting des peintures rituelles sur sol ; cercles concentriques symbolisant des sites sacrés – souvent des points d’eau qui servirent de lieu d’étape à des Ancêtres du Temps du Rêve ; formes en U isolées ou en groupe (seules ou accompagnées d’un 0 et d’un I) pour désigner initiés et initiées flanquées de leur panier traditionnel et du bâton
à fouir avec lequel elles plantent et récoltent racines et tubercules symboles et gage de survie dans le désert.
Cette manière de peupler symboliquement l’univers de la toile permet aussi à l’artiste de convoquer sur le fond d’une sorte de carte du désert vu du ciel (on parle de vision « satellitaire ») de multiples strates temporelles : du présent des sites évoqués ; du passé toujours vivant des cérémonies ancestrales qui y furent jadis instaurées ; du Temps du Rêve où des Grands Ancêtres – esprits, humains ou animaux – sortis du magma originel parcoururent le désert qu’ils façonnaient à leur image : ici, il s’agit d’une une larve (« grub » en anglais) en forme de crochet (wityu en aborigène – transformée en « wittchetty ») vivant dans la racine des arbres dans le désert et qui est considérée comme un des Grands Ancêtres du clan de l’artiste.
Dès lors, c’est presque au moment même de la Création que nous fait assister l’artiste quand ces Grands Ancêtres apparurent pour créer l’Australie : les motifs traditionnels s’inscrivent sur le fond mouvant de la toile à la manière d’atomes ou de molécules primitives en train de s’associer pour donner la vie qui se manifeste ici dans un grouillement tout végétal.
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Quelques références :
Musée du Quai Branly, Musée des Confluences à Lyon, Musée d'Art Contemporain les Abattoirs à Toulouse,
Musée de la Musique, Museum d'histoire naturelle de Lille, Musée d'Art et d'Histoire de Rochefort, Fondation Electricité de France,
Fondation Colas, Banque Dexia ...