Neitau Dhangal 2006
Bronze, éd.12, 34 x 27 x 13 cm
Le premier bronze coulé par Dennis Nona fait référence à l’un des rituels les plus signifiants de la vie dans le Détroit de Torres : la chasse au dugong. Il allie ici deux temps de cette chasse : une phase d’observation et une phase d’action.
Les dugongs (dhangau), mammifères marins herbivores, se déplacent en meute, mâles et femelles réunis. Lorsqu’une mère dugong est sur le point de mettre bas, elle broute un espace herbeux sous-marin peu profond et proche du rivage. Elle rumine et recrache une sorte de pelote qui s’accroche au fond de l’eau et servira de première nourriture pour son bébé à naître. Avec le jeu des marées, les animaux repartent vers le large mais reviendront exactement au même endroit, marqué par la boule, le lendemain à marée montante.
La sculpture représente, comme par anticipation, le moment où la mère dugong viendra d’accoucher. Elle sera accompagnée sur l’un de ses flancs par son bébé (kasi dhangal) collé à elle puisqu’il sera tout juste en train d’apprendre à respirer. Elle exprime ainsi l’idée du renouvellement de l’espèce et de la pérennité de la race.
En revanche, la chasse est nécessaire aux hommes pour se nourrir. Les chasseurs recherchent donc l’emplacement des boules d’herbes mâchonnées pour installer leur plateforme Nath. Fabriqué à partir de troncs coupés dans la mangrove et de fibre de coco, le Nath est construit au-dessus de la surface de l’eau couvrant la prairie marine où les dugongs sont attendus. Le chasseur prend position sur le Nath en début de soirée et attend le retour de la meute. C’est alors que la chasse proprement dite va pouvoir commencer.
Tout en se déplaçant, et afin de pouvoir respirer, les dugongs remontent régulièrement à la surface. Dans l’obscurité totale, le battement de leurs queues sur l’eau provoque une sorte de lueur phosphorescente (osulal zugalal). C’est le motif qui évoque cette lueur que l’on retrouve, ciselée dans le bronze, sur le corps de l’animal.
Cette phosphorescence permet au chasseur de connaître la position exacte du dugong sous le Nath. C’est le signal pour qu’il saute de la plateforme, lançe son harpon (kuurr) - taillé dans le bois dur de l’arbre baidam tulu - exactement au bon endroit dans le dos (guraid) du dugong, pour être sûr que l’animal ne puisse lui échapper ; puis, il se laisse remorquer dans l’eau comme une bouée humaine tout en tenant la corde (amu) reliée à la pointe du harpon, en attendant que le dugong se fatigue. Tiré dans l’eau à une vitesse allant jusqu’à six nœuds, et devant faire très attention de ne pas s’emmêler dans la corde car cela pourrait lui être fatal, le chasseur appelle ses coéquipiers afin qu’ils dirigent leurs canoës vers lui et puissent l’aider à porter l’estocade à l’animal.
C’est cette seconde phase qui est aussi symbolisée dans cette œuvre. Le dugong est suspendu à quatre pagaies rappelant celles utilisées par les chasseurs pour propulser leurs canoës. Ces pagaies représentent aussi quatre harpons (wap) utiliser pour capturer le dugong.
La chasse au dugong depuis un Nath cessa à la fin des années 1940. Elle était pratiquée de manière occasionnelle, principalement à des fins cérémonielles et médicinales. Le chasseur devait être non seulement très adroit mais aussi incroyablement courageux, car cette chasse était très périlleuse. Le processus de chasse était précédé par plusieurs rites cérémoniaux : des préparatifs spécifiques pour le chasseur ; des célébrations particulières pour sa femme et ses enfants ; l’abattage de l’arbre pour fabriquer le harpon et, enfin, un chant déterminé dédié à la corde qui serait attachée au harpon. Dennis Nona met ainsi l’accent, dans cette œuvre, non seulement sur l’importance des traditions mais aussi et surtout sur le respect de l’environnement et la prise conscience d’une chasse responsable.
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Neitau Dhangal 2006
Bronze, éd.12, 34 x 27 x 13 cm
The artist’s first cast bronze depicts a dugong, (dhangal), and refers to the
way in which it was traditionally hunted. The dugong is shown suspended
by four paddles which are used to paddle the hunter’s canoe. These paddles also represent four wap (harpoons) which were used to capture the dugong from a Nath (hunting platform).
The Nath was constructed of mangrove poles and twine made from coconut fibre. It was built above the surface of the water, over a section of the sea grass bed where the dugong had fed the previous night.
The hunter, who is courageous and highly skilled, takes up his position on the platform in the early evening and waits for the dugong to resume feeding. The baby dugong (kazi danghal) seen in the sculpture is positioned close to its mother as it is of an age where it is just learning to breathe.
Part of the patterning on the body of the mother dugong refers to the phosphorescent glow (osulal zugalal) seen in the water created at night by the dugong as it surfaces to breathe. In the dark of night it was the observation of
this phosphorescence that enabled the hunter to know the exact position of the dugong beneath the Nath.
This allowed him to place the tip of his harpoon (kuurr - made of hardwood from the baidam tulu tree) in exactly the right spot in the back (guraid) of the dugong to ensure it did not escape capture. Not only was the hunter highly skilled but he was also incredibly brave as dugong hunting was extremely perilous.
The hunter leapt from the platform, thrusting his harpoon in to the dugong and was towed through the water like a human buoy while holding on to the rope (amu) attached to the tip of the harpoon, waiting for the dugong to tire. As the hunter was pulled through the water at speeds of up to six knots, he would periodically call out to the other hunters who would row after him in their canoe. The hunter had to be extremely careful not to get entangled in the rope as the consequences of this were often fatal.
There were other methods used for the final capture of the dugong but this way was used when the Nath was located some distance from the shore. Hunting dugong from the Nath ceased in the late 1940’s. It was done only occasionally and mainly for ceremonial and medicinal purposes. The hunting process was steeped in ceremony which included special preparations by the hunter and particular observances by his wife and children; the cutting of the tree (shark tree called baidam pulu) for the making of the harpoon and the singing of the rope attached to the harpoon in order to tire the dugong.
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